Les milieux qui offrent une grande biodiversité sont plus stables, plus résilients, et ils assurent des services vitaux tels que la protection contre les crues, la fertilité des sols, la filtration de l’eau et de l’air. Ils favorisent la santé physique et psychique et contribuent à l’identité culturelle de la population suisse.
Des initiatives et programmes significatifs pour la biodiversité ont été lancés depuis 2010 – on peut notamment citer la Stratégie Biodiversité Suisse et son plan d’action. D’importants programmes fournissent de précieuses données, comme le suivi des effets de la protection des biotopes, le monitoring des espèces et milieux agricoles, ou des programmes plus anciens comme le monitoring de la biodiversité en Suisse Chap. 3.3. Des blocages politiques et une mise en œuvre insuffisante entravent toutefois de plus amples avancées dans la conservation de la biodiversité.
Causes actuelles des changements
L’empreinte de la Suisse dépasse nettement ses limites écologiques Chap. 3.4.1. Malgré des améliorations, un changement plus franc vers des modes de consommation et de production plus durables s’impose. Plusieurs autres facteurs contribuent aujourd’hui au déclin de la biodiversité. 12 milliards de francs de subventions directes de la Confédération soutiennent des activités qui nuisent plus ou moins fortement à la diversité biologique Chap. 3.4.2. Les effets du changement climatique se font sentir de plus en plus distinctement: la température annuelle moyenne a augmenté en Suisse de 2,8 °C depuis l’ère préindustrielle, entraînant une modification des milieux et de leurs communautés d’espèces Chap. 3.4.3. Les apports atmosphériques d’azote – issus surtout de l’agriculture – ont diminué, mais continuent de menacer les milieux sensibles. Ils favorisent les espèces nitrophiles, déjà fréquentes Chap. 3.4.4.
La forte accélération de l’expansion des espèces exotiques est un vrai défi: plus de 1300 espèces se sont établies en Suisse, dont 200 sont considérées comme invasives Chap. 3.4.5. Par ailleurs, la pollution lumineuse ne cesse d’augmenter – l’éclairage artificiel a plus que doublé depuis 1994 Chap. 3.4.6. Il perturbe le rythme nycthéméral naturel de nombreux organismes et modifie leurs interactions. Le morcellement croissant du territoire par les voies de communication et les constructions réduit et isole les milieux, et entrave les déplacements des animaux Chap. 3.4.7. Le Plateau et les vallées sont particulièrement concernés.
Évolution depuis 2010
Tandis que les espèces thermophiles et fréquentes sont en augmentation, les effectifs de nombreuses espèces spécialisées déjà rares baissent encore Chap. 3.5.1. Il peut s’ensuivre un effacement des différences entre les communautés d’espèces, entraînant une homogénéisation Chap. 3.5.2. Le retour de plusieurs grands mammifères est réjouissant Chap. 3.5.3. Ils font cependant face à des défis permanents, entre faible diversité génétique, manque d’acceptation sociale et politique, et dérangements dus aux nouveaux loisirs. On constate des évolutions tant positives que négatives dans les biotopes d’importance nationale – surfaces cruciales pour l’infrastructure écologique. Les changements positifs reflètent des mesures efficaces prises par la Confédération, les cantons, les ONG et d’autres protagonistes. Il reste cependant beaucoup à faire pour préserver l’intégrité de ces surfaces et leur qualité écologique, comme exigé par la loi Chap. 3.5.4.
Vers un avenir plus favorable à la biodiversité Chap. 3.6
La Suisse porte une responsabilité au niveau mondial pour les pertes de biodiversité, via son commerce, ses flux financiers et sa consommation – toutes activités qui sont aussi des leviers potentiels pour des changements positifs globaux. La biodiversité devrait faire partie intégrante des contrats commerciaux, de la régulation financière et de la coopération au développement. Des réformes conséquentes sont nécessaires au plan intérieur: il faut promouvoir des modes de consommation et de production plus durables et créer une infrastructure écologique qui fonctionne. La protection de la biodiversité doit pour cela être intégrée efficacement dans l’aménagement du territoire. Dans le cadre de la transition énergétique, il faut considérer conjointement l’énergie, le territoire, la nature et les objectifs qui s’y rapportent – ce qui requiert une planification intersectorielle. On peut accroître l’efficacité des mesures en faveur de la biodiversité en adaptant ou abolissant simultanément les subventions qui lui sont dommageables. Le concept de territoire éponge et d’autres approches novatrices permettent de créer des synergies et de favoriser des usages multiples du territoire, notamment pour promouvoir la biodiversité, stabiliser le régime hydrique et s’adapter au changement climatique. Seule une action déterminée et globale permet de saisir cette opportunité. Un soutien pragmatique et une marge de manœuvre appropriée pour les acteurs locaux ainsi qu’une plus grande participation de tous les groupes sociaux sont absolument nécessaires à la promotion de la biodiversité. La biodiversité n’est pas un luxe: elle est une condition sine qua non de notre santé, notre sécurité et de notre qualité de vie.
Prairies alpines, paysages rocheux, glaciers, grottes, forêts de feuillus, de conifères et mixtes de toutes sortes, lacs, rivières, étangs, eaux souterraines, marais, prairies et pâturages secs – la Suisse regorge de diversité biologique. Elle doit cette richesse à son relief montagneux et à la diversité des modes d’exploitation qui ont façonné, autrefois, un territoire fortement morcelé. De plus, sa situation au centre de l’Europe – zone de rencontre d’aires de répartition d’organismes vivant dans des zones climatiques différentes – contribue à faire de la Suisse un pays très riche en espèces.
Plus de 56000 espèces de plantes, animaux et champignons, peuplant de nombreux milieux différents13, ont été décrites jusqu’ici en Suisse.12 Plus de 150 espèces animales et végétales ne se trouvent qu’en Suisse ou dans les régions limitrophes (endémiques ou endémiques partielles).14 Les spécialistes évaluent à 30 000 le nombre d’espèces dans le pays qui n’ont pas encore été découvertes ou décrites. Malgré sa petite taille, la Suisse présente une biodiversité comparable à celle de certains grands pays d’Europe centrale.
Les prairies et pâturages secs, les marais, les zones alluviales et les sites de reproduction des batraciens sont caractéristiques de la Suisse. Les surfaces restées intactes sont protégées par un statut de biotope d’importance nationale. Une part substantielle de notre biodiversité vit sur ces 2,3 % du territoire national Kap. 3.5.4.15
La persistance d’une partie de cette diversité ne va pas de soi, dans un contexte où l’influence humaine et l’exploitation touchent la quasi-totalité du territoire. Nous devons cette préservation à des mesures de conservation et d’utilisation durable. Renforcer ces efforts est essentiel pour conserver notre patrimoine naturel et culturel, et bénéficier à moyen et long terme des fonctions assurées par la biodiversité.16
La Suisse entretient une relation tout à fait particulière avec ses montagnes. L’espace alpin marque de son empreinte le patrimoine culturel et le lien de la population à la nature. L’économie alpestre est un élément central de l’identité suisse, et un symbole particulièrement fort de ce lien étroit.17 Près de 7000 exploitations d’alpage permettent l’utilisation durable de 500 000 hectares de pâturages alpestres (plus de 10 % de la surface du pays). Elles offrent une image attrayante pour le tourisme suisse et contribuent à proposer des produits régionaux de qualité.
La diversité climatique, géologique et culturelle, et l’exploitation longtemps extensive des terres cultivées ont engendré une grande biodiversité en Suisse.
2010
Lachat T, Pauli D, Gonseth Y, Klaus G, Scheidegger C, Vittoz P, Walter T: Évolution de la biodiversité en Suisse depuis 1900. Avons-nous touché le fond? L’analyse montre qu’à quelques exceptions près, la biodiversité subit de fortes pertes.
2011
OFEV: Liste des espèces prioritaires au niveau national. Espèces prioritaires pour la conservation au niveau national. Mises à jour publiées en 2019 et 2025.
2013
Guntern J, Lachat T, Pauli D, Fischer M: Flächenbedarf für die Erhaltung der Biodiversität und der Ökosystemleistungen in der Schweiz. Forum Biodiversité Suisse (SCNAT). En allemand. Version courte disponible en français: Surface requise pour la sauvegarde de la biodiversité en Suisse.
2017
OCDE: Examen des performances environnementales « Suisse». La Suisse présente une forte empreinte écologique, liée à des modèles de consommation non durables, et en fait toujours trop peu pour sauvegarder sa biodiversité.
2019
OFEV: Flux de financement, bénéficiaires et effets des investissements dans la protection de la nature et la biodiversité en forêt. Enquête auprès des cantons. Les mesures pour la biodiversité sont profitables aux valeurs naturelles et génèrent des commandes pour les entreprises locales.
2020
WSL et SCNAT: Subventions dommageables à la biodiversité en Suisse.
Analyse et recommandations pour les abolir ou les transformer. L’étude entraîne de nombreuses interventions dans les parlements nationaux et cantonaux. En allemand. Fiche d’information tirée du rapport disponible en français (Swiss Academies Factsheet 15 (7).
2022
Forum Biodiversité Suisse (éd.): Le Monitoring de la biodiversité en Suisse (MBD) a 20 ans. Numéro spécial HOTSPOT.
2023
OFEV: Biodiversité en Suisse. Ce rapport montre que la quantité, la qualité et l’interconnexion de nombreux milieux sont insuffisantes pour conserver à long terme leur biodiversité et les services écosystémiques qu’ils assurent.
2023
OFEV et InfoSpecies : Espèces et milieux menacés en Suisse. Synthèse des listes rouges. Une comparaison des listes rouges des périodes actuelle et passée montre que la situation en Suisse ne s’est globalement pas améliorée.
2023
Rutishauser E, Heussler F, Petitpierre B, Künzle I, Lischer C, Rey E, Sartori L, Gonseth Y, Eggenberg S: Quelles surfaces pour le maintien de la biodiversité en Suisse?
Estimation des surfaces de qualité existantes et des besoins en surface supplémentaire, basée sur les données d’InfoSpecies.
2024
Eawag et WSL: Rapport de synthèse de l’initiative de recherche «Blue-Green Biodiversity».
2025
Keller R, Steiger U, Reynard E, Grêt-Regamey A, équipe de recherche ValPar.CH: Les multiples valeurs de la nature. Résultats d’un projet de recherche du plan d’action Stratégie Biodiversité Suisse.
2025
Résultats de la deuxième série de relevés des programmes nationaux de suivi des effets de la protection des biotopes et des espèces et milieux agricoles.
L’empreinte écologique mesure les impacts des activités humaines sur l’environnement. Elle met en évidence les dégâts écologiques causés par la consommation des ressources indigènes et étrangères induite par la production et la consommation.
La production indigène est devenue plus respectueuse de l’environnement, tout comme les importations. La charge environnementale globale par personne de la population suisse a diminué de 26 % entre 2000 et 2018 (la méthode allie un tableau des intrants et des extrants à des données du commerce extérieur et aux bilans écologiques). L’empreinte est cependant toujours trois fois plus large que ne le permettent les limites écologiques.18
Il est indispensable de redoubler d’efforts, auxquels tout le monde peut participer - par son comportement d’achat, de consommation ou son mode de production. Ce sont surtout les évolutions sociales et le contexte étatique qui déterminent dans quelle mesure ces potentiels sont exploités. L’économie circulaire, la préservation des ressources et la responsabilité doivent être encouragées.
Empreinte écologique totale par personne vivant en Suisse par domaine de consommation
Logement et nourriture représentent chacun environ 25 % de l’empreinte écologique. Avec ses 14 %, la mobilité privée vient en troisième position. État 2018. Données: 18
Charge environnementale liée à la consommation des Suisses
Évolution de l’empreinte écologique totale par personne. À l’étranger: charges environnementales mondiales de la Suisse induites par sa demande finale. La limite de tolérance décrit la quantité de ressources naturelles et de services écosystémiques dont un pays dispose sur une base durable. Données: 18
En 2012, la Confédération a inscrit dans sa Stratégie Biodiversité l’objectif d’identifier les effets négatifs des incitations et d’abolir, réduire ou adapter les subventions dommageables à la biodiversité. En 2020, la recherche a identifié des subventions directes ou indirectes se montant à 40 milliards de francs par lesquelles l’État encourage des activités dommageables à la biodiversité – totalement, en partie, ou selon le type de mise en oeuvre.19
En réaction, la Confédération a élaboré un inventaire des effets des subventions directes sur la biodiversité. Résultat: 12 milliards de francs de subventions directes sont plus ou moins fortement dommageables à la biodiversité (sans prendre en compte les subventions liées au climat).20 Elles favorisent des activités qui détruisent des habitats, réduisent la diversité des espèces ou altèrent des milieux, à l’exemple des méthodes de production agricole intensives, de certaines améliorations structurelles Chap. 5.4.1 et des infrastructures touristiques et énergétiques. Ces subventions entrent donc en contradiction avec les objectifs nationaux pour l’environnement et la biodiversité.
De premières analyses sur les effets des subventions sur la biodiversité ont été menées au niveau fédéral, dont la seule conclusion à ce jour est qu’il faut développer les processus d’examen des subventions. Il serait cependant crucial d’adapter les subventions les plus dommageables pour la biodiversité et l’environnement, notamment en introduisant des critères d’octroi clairs, ou de les supprimer complètement.
Nombre de subventions dommageables à la biodiversité selon le degré d’impact et le secteur
152 subventions (y c. incitations fiscales et coûts externes) ont un effet dommageable sur la biodiversité. La compilation des subventions dommageables à la biodiversité n’est pas exhaustive: l’analyse n’est systématique ni pour les cantons ni pour les communes. Les subventions cantonales et communales figurent dans l’analyse si elles existent dans (presque) tous les cantons/communes (p. ex. au niveau cantonal: incitations fiscales dans le cadre de la propriété du logement; au niveau communal: subventions relatives à l’épuration des eaux). Données: 21
Les activités humaines ont entraîné un réchauffement significatif de la Terre depuis l’industrialisation. Le climat a radicalement changé – tant au niveau mondial qu’en Suisse. La température annuelle moyenne mondiale est 1,3 °C plus élevée qu’avant l’ère industrielle, la hausse atteint même 2,8 °C pour la Suisse.22 La température globale actuelle est supérieure à celle des 2000 ans précédents et probablement aussi à celle des 125 000 dernières années.
Directement ou indirectement, que ce soit par la hausse des températures, la modification des précipitations ou les événements météorologiques extrêmes, le changement climatique modifie les conditions écologiques des milieux, leur cortège d’espèces, et pour finir les milieux eux-mêmes.23, 24 Les espèces incapables de décaler rapidement leur aire de répartition ou de s’adapter sont particulièrement menacées. Toutefois, il est difficile de manière générale pour une espèce de déplacer son aire de répartition, car les habitats ad hoc sont trop espacés les uns des autres. De plus, les habitats potentiels sont trop petits et leur qualité écologique insuffisante.
En Suisse, le réchauffement entraîne déjà le décalage en altitude des aires de répartition de certaines espèces Chap. 8 et la transformation des milieux aquatiques Chap. 7. Le changement climatique favorise en outre des espèces exotiques qui peuvent évincer les espèces indigènes.
Les effets du changement climatique sur les espèces et les milieux25
Données: OFEV/MétéoSuisse, mises à jour et adapté
Évolution de la température annuelle moyenne relative en Suisse entre 1864 et 2024
À chaque année correspond une couleur. Les années plus chaudes que la moyenne des années 1961–1990 apparaissent en rouge; les années plus froides, en bleu. Le 21 juin de chaque année a lieu la journée #ShowYourStripes. À cette occasion, des bandes climatiques sont utilisées dans le monde entier pour sensibiliser le public au changement climatique et à l’urgence des mesures de protection du climat. Les graphiques globaux et nationaux montrent le réchauffement significatif depuis l’ère préindustrielle. Données: MétéoSuisse
Les apports d’azote via l’air, aujourd’hui plusieurs fois plus élevés que la dose naturelle, polluent de nombreux milieux, et ce sur une bonne partie du territoire. Ils menacent la biodiversité.26, 27 L’azote provient à 70 % de l’agriculture (et surtout de l’élevage), mais également des processus de combustion, donc du trafic, de l’industrie, du commerce et des ménages.
L’excès d’azote encourage la croissance de plantes compétitives déjà fréquentes, qui se répandent et évincent des espèces adaptées à des conditions pauvres en nutriments. Il en résulte une homogénéisation des communautés d’espèces et une diminution de la richesse en espèces Chap. 3.5.2.28
Depuis 1990, des mesures ont permis de réduire les émissions d’azote. Les baisses les plus nettes ont été atteintes avant 2000 déjà. Les milieux sensibles sont cependant toujours affectés par des apports d’azote excessifs.29 Les dépôts d’azote sont particulièrement importants dans les régions où abonde le bétail.30 En 2020, les valeurs limites critiques étaient dépassées sur 87 % de la surface des forêts, sur 94 % de celle des tourbières, sur 74 % de celle des bas-marais, et sur 42 % de celle des prairies et pâturages secs.
Effet de l’apport d’azote sur les communautés végétales
L’augmentation de l’apport d’azote via l’air va de pair avec une baisse du nombre d’espèces végétales dans une prairie de montagne (en haut) et avec un lissage des différences entre les communautés d’espèces (homogénéisation) (en bas).26 Surfaces échantillons de 10 m2. Données: Monitoring de la biodiversité en Suisse (MBD)
Dépassement des valeurs limites critiques pour les apports d’azote atmosphérique dans les milieux
Les cartes représentent les dépassements des valeurs limites critiques pour le milieu le plus sensible présent dans chaque surface échantillon de 1 x 1 km2. Baisse des dépôts d’azote entre 1990 et 2020: 26 %; depuis 2010: 3,6 %. Données: 29
Les espèces exotiques se répandent dans un nombre grandissant de régions et d’altitudes sous l’influence humaine.31, 32 Favorisées par le changement climatique, leur nombre est en constante augmentation, essentiellement à cause du commerce global.
Plus de 1300 espèces exotiques se sont établies en Suisse à ce jour (430 animaux, 730 plantes, 145 champignons). Alors que la majorité de ces espèces s’introduit discrètement dans nos milieux, un peu moins de 200 d’entre elles sont décrites comme envahissantes (85 animaux, 89 plantes, 23 champignons). Les espèces exotiques envahissantes provoquent des dommages considérables: elles menacent la biodiversité locale, engendrent des problèmes sanitaires et causent des dommages économiques.33
Les stratégies de gestion et de prévention de la Confédération et des cantons ont pour but d’empêcher ou de contenir l’expansion des espèces envahissantes. Le succès des mesures dépend beaucoup des connaissances de la population sur les risques et menaces que ces espèces représentent.34
Nombre d’espèces de plantes exotiques en Suisse et proportion d’espèces envahissantes
Les régions basses (Plateau, Tessin,
Jura) abritent de nombreuses néophytes. On note les signes d’une augmentation de leur présence dans les Alpes: les grandes vallées alpines comptent désormais autant d’espèces exotiques que le Plateau. La taille des disques représente le nombre d’espèces végétales exotiques par kilomètre carré (maximum 44 espèces par km2). État 2020/24. Données: Monitoring de la biodiversité en Suisse (MBD), carte: swisstopo
Évolution des espèces exotiques établies et envahissantes en Suisse
Nombre total d’espèces exotiques établies et envahissantes (en fonction de l’année de la première observation annoncée en Suisse). On connaît l’année de la première recension pour 1159 des 1305 espèces exotiques établies, et pour 174 des 197 espèces exotiques envahissantes (état 2022). Données: 33

Coquilles de moules envahissantes au bord du lac de Constance.
Une nuit de moins en moins sombre.35 De grandes parties de la surface terrestre sont désormais fortement touchées par la pollution lumineuse.36 Les nuits suisses sont elles aussi de plus en plus claires. Les émissions lumineuses dirigées ou réfléchies vers le haut ont plus que doublé en Suisse entre 1994 et 2020.8 La pollution lumineuse nocturne impacte potentiellement la faune terrestre sur environ 10 à 15 % du territoire national.37
Un éclairage artificiel même léger peut perturber le rythme nycthéméral de nombreux organismes et altérer des processus vitaux comme la recherche de nourriture ou la reproduction.35 Les interactions entre espèces telles que les relations prédateurs-proies et la pollinisation des plantes par les insectes sont également impactées. La pollution lumineuse peut donc modifier des communautés d’espèces entières.38, 39

Pollution lumineuse impactant la faune terrestre
Les surfaces blanches indiquent les zones dans lesquelles la lumière artificielle impacte potentiellement la faune terrestre nocturne. Les modélisations montrent que 10 à 15 % du territoire suisse est touché par une pollution lumineuse potentiellement nuisible pour la faune terrestre. Les cantons très urbanisés du Plateau et les fonds de vallées sont les plus affectés. Les conséquences de la pollution lumineuse peuvent cependant poser nettement plus de problèmes dans les zones rurales (coupure des couloirs migratoires). Données: 37

La Voie lactée au-dessus du Cervin, près du Riffelsee.
Les changements d’utilisation du sol figurent parmi les causes principales de la perte de biodiversité au niveau mondial.1 En Suisse, l’évolution de l’utilisation du sol, qui provoque le remplacement de milieux entiers, est dû principalement à l’urbanisation croissante.40 Les nouvelles routes, lignes de chemin de fer et constructions tronquent et morcellent les habitats d’animaux et de plantes qui étaient jusque-là d’un seul tenant. Cette fragmentation laisse les populations réduites et isolées, et perturbe les processus écologiques – migrations saisonnières des amphibiens et des mammifères et pollinisation, par exemple.41
Le morcellement du paysage s’est fortement accéléré en Suisse durant le XXe siecle.42 Cette tendance perdure: la largeur de maille moyenne, à savoir la taille des surfaces d’un seul tenant, s’est réduite de 7 % entre 2014 et 2020. Les effets en sont particulièrement marqués sur le Plateau, densément peuplé, et dans les vallées alpines.8
La mise en place d’une «infrastructure écologique» prend ici toute son importance: on entend par là un réseau qui ne se contente pas de prévoir des milieux de qualité en nombre suffisant, mais qui les relie entre eux et ainsi permet aux organismes de se déplacer dans cet espace.16, 43 On assure de cette façon l’échange génétique entre les populations, socle majeur de la reproduction et de la survie à long terme de nombreuses espèces animales. La mobilité des animaux et des plantes intervient aussi dans la recolonisation de régions d’où les espèces ont disparu. La Suisse dispose déjà de concepts, de composantes importantes et de premières pistes pour la mise en œuvre d’une infrastructure écologique, mais il reste beaucoup à faire pour obtenir un réseau vital fonctionnel.
Évolution de l’utilisation du sol en Suisse depuis 1985
Variations de surface entre les quatre catégories principales d’utilisation du sol, selon la statistique de la superficie. L’augmentation des surfaces d’habitat et d’infrastructure s’est faite presque exclusivement au détriment des surfaces agricoles, tout comme l’essentiel de l’expansion de la forêt. Données: Office fédéral de la statistique, statistique de la superficie

Un verger en été 2025, avant sa transformation en une zone industrielle.
Morcellement du territoire en Suisse entre 1885 et 2002
La largeur de maille effective exprime la probabilité que deux points choisis au hasard ne soient pas séparés par des éléments tels que des voies de communication (routes de plus de 3 mètres de large uniquement), des habitations ou des infrastructures. Données: 42
Fragmentation continue du territoire depuis 2014
Le mitage et le morcellement du territoire se poursuivent. Le Plateau connaît le morcellement le plus marqué: la largeur de maille effective n’y est plus que de 2,7 km2. Les zones de territoire d’un seul tenant sont nettement plus grandes dans l’espace alpin. C’est sur le versant sud des Alpes que le paysage est le moins morcelé. Malgré ces grandes surfaces non morcelées dans les Alpes, la majorité de la superficie des fonds de vallées est aussi fragmentée que sur le Plateau. Données: 8
Populations fragmentées du crapaud calamite
Le crapaud calamite se répartit en quatre métapopulations (populations de même couleur) et une population hybride (population en jaune près de Bâle). En raison de la faible
diversité génétique observée chez le crapaud calamite du Plateau occidental et de l’homogénéité de la structure génétique qui y règne (populations en rouge), la conservation de ces populations nécessiterait des mesures de mise en réseau ciblées. Données: 44
De nombreux facteurs influencent les communautés d’espèces et entraînent, directement ou non, leur transformation. On observe des gagnantes et des perdantes parmi les espèces fréquentes et moyennement fréquentes, mais beaucoup d’espèces spécialisées continuent de perdre du terrain.
L’exemple des papillons diurnes et celui des oiseaux éclairent bien cette dynamique. Les effectifs des espèces thermophiles et/ou mobiles de papillons diurnes ont augmenté ces dernières années, tandis que les espèces aimant le froid et/ou adaptées aux milieux pauvres en nutriments sont plutôt en recul. À noter que l’indice relatif à l’ensemble des espèces ne varie pas, illustrant le fait qu’un indice unique peut occulter un certain nombre d’informations et de changements.
Même constat chez les oiseaux, pour lesquels le set de données est encore meilleur.45 L’évolution globale apparemment positive est trompeuse, ici aussi. Tandis que quelques espèces fréquentes et faciles à voir ont fortement augmenté – à l’image du corbeau freux et du milan royal – beaucoup d’autres stagnent à un bas niveau ou poursuivent leur déclin. La progression d’espèces déjà fréquentes ne peut cependant pas compenser le recul ou la disparition des espèces spécialisées.
Un grand nombre d’espèces ont subi des pertes considérables au cours du XXe siècle ou ont complètement disparu, à l’exemple de la piegrièche à tête rousse, de la perdrix grise et du bruant ortolan. Comme ils ne sont plus présents, ils n’apparaissent plus en recul dans les statistiques actuelles. On constate néanmoins des évolutions réjouissantes en parallèle: quelques espèces, comme la cigogne blanche et le faucon crécerelle, se rétablissent grâce à des mesures de conservation ciblées. D’autres comme le chatoyant guêpier d’Europe se répandent pour la première fois en relativement grand nombre en Suisse, en raison des températures plus douces.
Évolution des effectifs de papillons diurnes
Données: info fauna
Changements pour les papillons fréquents et moyennement fréquents
Les espèces gagnantes sont avant tout thermophiles et/ou mobiles. Parmi les perdantes, on trouve notamment des espèces aimant le froid ou ayant des exigences écologiques très spécifiques. Il s’ensuit que les communautés d’espèces se ressemblent de plus en plus Chap. 3.5.2. État janvier 2025.47 Données: Monitoring de la biodiversité en Suisse (BDM) et info fauna
Variations relatives des effectifs illustrées par les oiseaux nicheurs entre 1990 et 2023
180 espèces d’oiseaux nicheurs réguliers de Suisse, organisées par types d’habitat
et évolution. Parmi les espèces perdantes, on trouve surtout des oiseaux nicheurs au sol des milieux cultivés; parmi les gagnantes, des espèces mobiles et thermophiles. Données: Station ornithologique suisse45
Les listes rouges n’indiquent pas uniquement un état actuel. Les diminutions d’effectif au cours des années et décennies précédentes ont un poids important dans l’évaluation. C’est pourquoi de plus en plus de listes rouges sont réalisées ou mises à jour par l’examen de populations déjà connues.
Lorsqu’un groupe d’organismes dispose d’une liste rouge actualisée, une tendance apparaît. La force de cette tendance est déterminée par les classements antérieurs et actuels en une catégorie de la liste rouge. Communiquer les changements est cependant une affaire délicate. Les listes rouges n’ont en effet pas de « mémoire », chaque édition ne prenant en compte que les 10 ou 20 ans précédents. Les reculs antérieurs n’entrent dans l’évaluation du risque d’extinction que par le biais de la forte réduction des aires de répartition.
Prenons le crapaud accoucheur : classé « en danger » en raison d’un recul de 53 % de ses effectifs entre 1985 et 2004, il n’apparaît plus que comme « vulnérable » dans la liste rouge actualisée de 2023 à cause d’une baisse de 35 % de ses effectifs entre 2005 et 2022 – et semble donc moins menacé. Pour autant, est-ce que l’espèce va bien? Certainement pas : le classement dans une autre catégorie signifie seulement que les pertes ont diminué ; les effectifs, eux, continuent de baisser. On ne peut donc pas encore lever l’alerte. Il en va de même pour les espèces dont on a évalué la baisse des effectifs à 80 % dans une ancienne et une nouvelle liste. La catégorie reste identique, ce qui peut suggérer une stabilité, alors que c’est tout le contraire : le recul se poursuit sans frein.
Part des espèces par catégorie de menace selon les groupes d’organismes
À ce jour, 10 844 espèces indigènes disposant de données suffisantes ont fait l’objet d’une évaluation de leur statut de menace, ce qui représente un cinquième de toutes les espèces connues. 35 % sont menacées ou éteintes en Suisse (ligne verticale); 12 % sont potentiellement menacées. Ce sont ainsi presque la moitié des espèces évaluées en Suisse qui ont besoin de mesures de conservation ou de promotion. En gras: nombre d’espèces évaluées. Données: 12
Répartition des types de milieux dans les différentes catégories de menace
Les milieux aquatiques et les zones humides montrent une proportion particulièrement grande de types de milieux menacés. Les milieux forestiers et les milieux ouverts improductifs sont en revanche moins menacés. En gras: nombre de milieux évalués. Données: 13
Espèces spécialisées sous pression
La plupart des espèces végétales sont tributaires de conditions écologiques spécifiques. Les espèces spécialisées sont plus souvent présentes dans des milieux très humides ou très secs. Cette situation se reflète dans les listes rouges: elles comptent plus d’espèces spécialisées que d’espèces préférant les sols modérément humides et riches en nutriments. En gras: nombre d’espèces végétales. Données: 46, valeurs indicatrices de Flora Indicativa
Se baser uniquement sur le nombre d’espèces est insuffisant pour évaluer l’état et l’évolution de la biodiversité. Ce qui compte aussi, c’est quelles sont ces espèces. La diversité se manifeste aussi par le fait que les communautés d’espèces diffèrent d’un paysage à l’autre. Une vallée haut-valaisanne présente un cortège d’espèces différent de celui d’une vallée jurassienne, par exemple. Cet aspect de la diversité biologique est la résultante des conditions écologiques différentes, des modes d’exploitation et des modèles de distribution des espèces.
La diversité des communautés d’espèces dans les paysages suisses a diminué depuis 20 ans en ce qui concerne les plantes, les oiseaux et les papillons diurnes.48, 49 Dans l’ensemble, les communautés d’espèces se ressemblent donc de plus en plus, entraînant une homogénéisation. La disparition d’espèces spécialisées et l’expansion d’espèces déjà fréquentes sont potentiellement à l’origine du phénomène Chap. 3.5.1 notamment en conséquence de l’utilisation intensive du territoire, des apports d’azote via l’air sur presque toute sa surface, et du changement climatique
Chap. 3.4.3 et Chap. 3.4.4.
Évolution de la diversité des communautés d’espèces de plantes, papillons diurnes et oiseaux nicheurs
Les communautés d’espèces se ressemblent de plus en plus. Données: Monitoring de la biodiversité en Suisse (MBD)
Les effectifs des grands mammifères ont connu des variations considérables au cours des derniers siècles. La chasse intensive, la concurrence avec les animaux de rente et les périodes plus froides ont entraîné des reculs massifs jusqu’en 1900: vers 1850, tous les ongulés sauf le chamois avaient été exterminés, et les 50 années suivantes ont également vu disparaître les grands prédateurs tels que loup, ours et lynx, intentionnellement persécutés. L’absence des grands mammifères a certainement eu une grande influence sur les milieux.
L’introduction des lois sur la chasse et sur la protection de la forêt à partir de 1875 a marqué un tournant: les forêts ont été restaurées et la protection des espèces sauvages a permis aux herbivores comme le chevreuil et le cerf de se rétablir. Cette évolution a préparé le terrain pour le retour des prédateurs que sont le loup et le lynx, qui exercent une action positive sur le rajeunissement de la forêt et le fonctionnement des écosystèmes. Toutefois, l’effectif du lynx stagne depuis plusieurs années sur le Plateau et dans le Jura, et celui du loup a été fortement régulé durant l’hiver 2024/25.
Les grands mammifères font aujourd’hui face à de nouveaux risques:50 le morcellement de leurs habitats Chap. 3.4.7, le braconnage (lynx et loup surtout),51 les tirs légaux (loup) et, pour certains, des problèmes croissants en raison de la très petite taille de certaines populations réduisant la diversité génétique,52 mettent les populations sous pression. Une pression sur la faune sauvage que renforcent l’augmentation et la diversification des loisirs Chap. 8.4.2 tels que le pilotage de drones.
Extinction et retour aux Grisons des grands et moyens mammifères au cours des cinq derniers siècles
Les effectifs des grands mammifères ont connu des variations considérables.53 En rouge, la période d’absence totale des Grisons. Plus le bleu est foncé,
plus la population est grande. Données: Service de la chasse et de la pêche du Canton des Grisons
Évolution de la population de lynx
En 2021, 300 lynx indépendants (adultes et subadultes) vivaient en Suisse. Selon la saison, il faut ajouter à ce nombre entre 15 et 30 % de jeunes vivant encore auprès de leur mère. La connexion avec les autres populations d’Europe est à ce jour insuffisante et la population suisse reste très isolée. Comme la population actuelle descend d’un petit nombre d’animaux fondateurs en partie apparentés, la diversité génétique est faible.52 La consanguinité est un problème en passe de devenir une question de survie pour la population. Données: KORA
La Suisse a décrit et protégé dans des inventaires les sites les plus précieux et particulièrement menacés de cinq types de milieux. Plus de 7000 objets inventoriés représentent les vestiges les plus significatifs de milieux autrefois bien répandus: hauts-marais et marais de transition, bas-marais, zones alluviales, sites de reproduction de batraciens ainsi que prairies et pâturages secs (PPS).15
Les biotopes d’importance nationale jouent un rôle de premier plan dans la conservation et la promotion de la biodiversité en Suisse. Ils se distinguent par des conditions écologiques, des communautés d’espèces et des espèces devenues rares – conséquence fréquente de l’histoire de leur utilisation (absence d’engrais, absence de drainage) – et sont des références pour des milieux naturels ou proches de l’état naturel avec une dynamique naturelle marquée ou une utilisation historique particulière.
La plupart de ces objets couvrent une surface relativement petite, en général moins de cinq hectares. Le morcellement et l’isolement des milieux menacent les nombreuses espèces rares qui y vivent. Le degré de mise en œuvre des inventaires de biotopes est souvent encore insuffisant.
Le suivi des effets de la protection des biotopes en Suisse, débuté en 2011, a fait le constat d’évolutions tant positives que négatives.32 Les changements positifs, dans les PPS par exemple, reflètent des mesures efficaces prises par la Confédération, les cantons, les ONG et d’autres protagonistes. Les renaturations de marais et l’entretien des PPS adapté aux conditions locales en font partie Chap. 5.5.1. Les évolutions négatives montrent cependant qu’il reste beaucoup à faire pour conserver la qualité et la superficie des biotopes.
Évolution de trois milieux importants et caractéristiques de la Suisse depuis 1900 et 1850
La barre entière correspond à la surface des zones alluviales et des marais vers 1850 et à celle des prairies et pâturages secs vers 1900. En vert foncé: superficie actuelle du milieu. En vert foncé et vert moyen: estimation de la superficie nécessaire à la conservation du milieu et de ses espèces. Une grande partie de ces surfaces reliques sont maintenant protégées en tant que biotopes d’importance nationale ou régionale. Données: 54, 55, 56, 61
Évolution de la taille des zones humides entre 1850 et 2010
Proportions des différentes classes de taille par rapport à l’ensemble des zones humides. La majorité des zones humides sont aujourd’hui inférieures à 1 ha. Le grand réseau de zones humides de 1850 n’existe plus. La carte topographique a servi de base pour l’évaluation des zones humides. Données: 55
Degré de mise en œuvre des inventaires nationaux de biotopes (2021)
En gras: nombre d’objets par inventaire. La mise en œuvre des différents critères n’est pas encore terminée pour beaucoup d’objets des inventaires de biotopes d’importance nationale. Malgré les avancées de ces dernières années, les mesures doivent être renforcées pour satisfaire aux obligations légales. La mise en œuvre n’est possible que si les cantons assument leur responsabilité. Données: 57
Changements dans les hauts-marais
Transformation des types de milieux entre les relevés 2012/17 et 2018/23 du suivi des effets de la protection des biotopes. La superficie des milieux typiques des hauts-marais s’est réduite de 6,5 %, soit 72 hectares, en six ans. L’assèchement n’a pas pu être enrayé, entraînant le recul d’espèces typique des hauts-marais. Des évolutions positives ont aussi été constatées: les concentrations en nutriments et le nombre d’espèces menacées n’ont pas changé, et les espèces exotiques n’ont pas progressé. Au vu du réchauffement climatique, la restauration des hauts-marais – en particulier de leur régime hydrique – est cruciale pour enrayer leur assèchement à long terme. Il serait indiqué de prêter davantage attention au bassin versant des marais, en parallèle des mesures à réaliser dans leur périmètre propre. Données: 32
Espèces végétales menacées dans les biotopes d’importance nationale
Nombre moyen d’espèces de plantes vasculaires menacées sur les surfaces échantillons du suivi des effets de la protection des biotopes en Suisse dans les biotopes d’importance nationale, et du monitoring de la biodiversité en Suisse sur tout le territoire national.12 Les biotopes d’importance nationale ne représentent que 2,3 % de la surface du pays, mais sont décisifs pour la conservation de la biodiversité, car ils offrent un refuge aux espèces spécialisées. Les espèces menacées y sont nettement plus fréquentes que sur le reste du territoire. Données: Suivi des effets de la protection des biotopes en Suisse (WBS), Monitoring de la biodiversité en Suisse (MBD)
voir Chap. 5.5.1 Pour les sites de reproduction des batraciens et les zones alluviales → voir Chap. 7.5.3.
Considérer la responsabilité au niveau mondial et user des leviers nationaux
Place commerciale connectée au monde entier, actrice de premier plan du négoce des matières premières et de la finance, la Suisse est coresponsable de l’évolution de la biodiversité au niveau mondial. Mais cette responsabilité va de pair avec un immense potentiel.
Les sujets liés à la durabilité peuvent pénétrer les accords de libre-échange, les chaînes d’approvisionnement mondiales, les règles relatives à l’importation, les normes commerciales et les marchés financiers via la Suisse. La coopération internationale offre, elle aussi, un levier intéressant. La biodiversité peut être inscrite systématiquement dans la coopération au développement. Les programmes qui associent des objectifs écologiques et sociaux de durabilité créent des synergies – dans la sécurité alimentaire, la protection du climat ou la lutte contre la pauvreté par exemple.
Il est cependant nécessaire d’agir au-delà du seul niveau international. Des changements fondamentaux à l’intérieur du pays sont également indispensables – en particulier en ce qui concerne la production, les comportements de consommation et les subventions.58 La Confédération porte ici une responsabilité particulière: pour atteindre les objectifs de biodiversité, elle devrait éviter les incitations dommageables, et garantir que les stratégies et les lois ne sapent pas les objectifs environnementaux.
Les coûts externes de la perte de la biodiversité doivent en outre être intégrés dans les mécanismes économiques et fiscaux de manière générale. Faire apparaître les coûts environnementaux réels dans la comptabilité économique et financière est l’une des tâches essentielles à réaliser pour encourager une utilisation plus durable des ressources naturelles. À défaut, de nombreuses ressources naturelles comme de l’air propre et des sols et écosystèmes fertiles seront encore et toujours considérées comme gratuites – avec pour conséquences leur surexploitation et leur dégradation. On dispose d’approches dûment validées pour évaluer les impacts environnementaux de l’activité économique de manière exhaustive.59 Des initiatives telles que la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures ont développé toute une série de recommandations et de principes directeurs visant à responsabiliser les entreprises et le monde de la finance et à les inciter à évaluer les dépendances, impacts, risques et opportunités liés à la nature, ainsi qu’à communiquer sur le sujet, et orienter leur action selon ces évaluations.60
Détermination, courage, et la volonté de développer des processus décisionnels économiques qui soient conséquents sur le plan écologique sont maintenant nécessaires pour concrétiser ces approches. Et n’oublions pas ici que les critères écologiques sont susceptibles de renforcer la confiance accordée à la place financière suisse et à sa compétitivité.
Plus d’espace pour la biodiversité
La Suisse fait face à un double défi: préserver la biodiversité encore présente d’une part, et restaurer et renforcer les milieux détériorés pour conserver la biodiversité d’autre part.61, 62 On dépasse ici largement le cadre des seules réserves naturelles; la Suisse a besoin d’une infrastructure écologique fonctionnelle sur tout le territoire, constituée de milieux écologiquement fonctionnels de taille suffisante et interconnectés. Pour son maintien à long terme, cette colonne vertébrale de notre biodiversité doit être efficacement garantie dans l’aménagement du territoire. Les directives du Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework (GBF) sont claires: d’ici 2030, au moins 30 % des surfaces terrestres et des eaux continentales doivent être efficacement protégées et gérées, au moyen de réserves naturelles efficaces et représentatives, ainsi que par d’autres mesures en dehors des réserves naturelles classiques.
Exploiter les milieux des paysages cultivés d’une manière favorable à la biodiversité, et laisser la dynamique naturelle se déployer librement dans les sites abritant des milieux et des espèces inféodés à cette dynamique, sont les principes essentiels à adopter. Le second est particulièrement important dans notre contexte de changement climatique, car la résilience apparaît là où on autorise les processus naturels – dynamique d’écoulement et de charriage, bois mort et sénescent, mouvements migratoires des animaux, par exemple.63 Les sites et les eaux pauvres en nutriments et les espaces peu utilisés par l’être humain jouent également un rôle important.
Enfin, une utilisation mesurée du sol doit rester une priorité absolue dans les planifications cantonales et communales. Les projets d’infrastructures et de nouvelles habitations doivent épargner les surfaces et l’énergie pour réduire la pression sur les milieux naturels. Chaque mètre carré compte – car chaque nouvelle construction est synonyme de la perte d’un milieu, réel ou potentiel.58
Davantage retenir l’eau
La notion de territoire éponge prend de l’importance dans le monde entier. Elle exprime l’idée que les paysages fonctionnent comme une éponge, retenant d’abord l’eau puis la restituant dans un second temps. Les bénéfices écologiques et sociaux de ce phénomène peuvent être énormes.64 Des projets dans ce sens ont d’ores et déjà été réalisés en zone bâtie et montrent à quoi peuvent ressembler des infrastructures hydriques multifonctionnelles: surfaces permettant l’infiltration, désimperméabilisation ciblée, espaces verts et toits végétalisés stockant l’eau.
Ce genre de projets, de même que la restauration ou la revalorisation des marais, des zones alluviales, des forêts humides, et des plans et cours d’eaux, sont des alliés naturels, surtout dans le contexte du changement climatique. Ils stockent l’eau, rafraîchissent le climat local, réduisent les pics de crue et offrent également de précieux milieux. Plusieurs cantons se fixent déjà des objectifs concrets pour la régénération des zones humides. Les défis posés exigent le recours de plus en plus fréquent à des approches intégratives à l’échelle du territoire, qui offrent des synergies entre l’adaptation climatique, la promotion de la biodiversité, la production et la qualité de vie pour la population.
Les projets de territoire éponge peuvent aussi soutenir une gestion des drainages agricoles et forestiers durable et tournée vers l’avenir. De nombreux drainages ont besoin d’être assainis, et il convient d’examiner où un assainissement est pertinent pour la production, et où il est préférable d’y renoncer au profit du stockage de l’eau dans le paysage. Un grand nombre de surfaces sont drainées depuis des décennies ou des siècles – le précieux liquide s’écoule directement dans les ruisseaux au lieu d’être retenu et stocké à large échelle. Dans le même temps, les besoins en eau de l’agriculture croissent avec l’augmentation de la sécheresse – ce qui met les cours d’eau sous pression à leur tour.
Faire preuve de discernement dans la transition énergétique
Incontournable pour atteindre les objectifs climatiques, le développement des énergies renouvelables peut indirectement contribuer à préserver la biodiversité. Les conflits d’objectifs qui surgissent sont certes discutés sur les plans scientifique et politique, mais la nature a souvent été perdante dans la pesée des intérêts. Penser l’énergie, l’aménagement du territoire et la biodiversité de manière conjointe permet d’apporter une contribution majeure à la protection du climat, à l’approvisionnement en énergie et à la préservation de la nature.
Pour cela, cette approche doit intervenir systématiquement dans la planification, la réalisation et l’exploitation des aménagements. Intégrer les coûts environnementaux externes de la production des énergies renouvelables dans l’évaluation économique est à cet égard crucial, au moyen par exemple de taxes environnementales, de versements compensatoires ou de standards écologiques. Dans certains cas, cette approche implique de renoncer au projet. Les zones importantes pour la biodiversité doivent être identifiées en amont et prises en compte explicitement dans les plans directeurs et les plans d’affectation.65
Mais la seule promotion des énergies renouvelables ne suffit de loin pas pour affronter les défis écologiques et sociaux de notre temps. La consommation globale d’énergie doit baisser – par l’adoption de stratégies claires tant pour l’efficience que pour la sobriété énergétique. Une réduction des besoins signifie la réduction de la pression sur le paysage, la biodiversité et les autres ressources naturelles. Cette dimension de la transition énergétique est décisive pour le futur.
Aiguiser la conscience de l’urgence
La promotion de la biodiversité n’a de chance de porter ses fruits que si nous la concevons comme une tâche d’intérêt commun qui réunit différentes valeurs, jette des ponts et crée de nouvelles alliances.66 La conservation et la promotion de la diversité biologique ne doivent plus être comprises comme un sujet de niche. Elles ne sont rien de moins que l’engagement pour la conservation de notre base vitale – un «must-have» et non un «nice-to-have».67 L’avenir de la biodiversité ne se décide pas (uniquement) dans les réserves naturelles, mais partout où des gens sont prêts à en endosser ensemble la responsabilité.
Comment donc convaincre davantage de personnes à s’engager pour leur base vitale? Comment les rendre plus conscientes de l’urgence d’agir? Il faut ici emprunter deux voies. La première consiste à rétablir une relation positive entre les humains et la nature. D’autres récits sur la biodiversité ouvrent un espace de réflexion pour des visions à long terme et peuvent fortement contribuer au changement. Comme ils se trouvent cependant dans un champ de tension avec la désinformation politique, la diversité des récits doit être encouragée et leur transmission élaborée de manière stratégique et intersectorielle Chap. 2.2.
La deuxième voie pour que la promotion de la biodiversité reçoive un large soutien exige des processus participatifs ciblés qui intègrent différents groupes de la population – unique moyen de faire grandir la compréhension et l’acceptation des mesures de conservation. Les intérêts qui dépendent étroitement de la préservation de la biodiversité sont nombreux et ne se limitent pas aux milieux traditionnels de protection de la nature. Un pêcheur souhaite des rivières vivantes, une chasseuse des habitats diversifiés pour la faune sauvage; une compagnie d’assurance tire profit des milieux résilients qui protègent des dangers naturels; une commune peut augmenter son attrait par des zones de détente proches de l’état naturel, une exploitation agricole assurer la capacité de production de ses terres par des revalorisations écologiques et la promotion de la fertilité de son sol. Il faut rendre plus visibles ces situations bénéfiques pour toutes les parties: les personnes engagées dans la protection de l’environnement doivent être plus actives et se faire mieux comprendre lorsqu’elles exposent les intérêts communs et présentent de quelle façon la promotion de la biodiversité peut apporter des solutions concrètes à d’autres défis de société – de la protection du climat à la promotion économique, en passant par celle de la santé.
Encourager les personnes qui s’engagent
Les concepts sont indispensables, à condition d’être succincts et pragmatiques, et également ciblés et ambitieux. En fin de compte, ce n’est pas sur le papier qu’apparaissent les vrais changements, mais bien là où des personnes agissent.
Derrière toute réussite en matière de conservation de la biodiversité, il y a des gens qui s’investissent: agriculteurs et agricultrices, personnel communal, forestiers et forestières, membres des organisations du secteur, spécialistes, qui, avec beaucoup d’engagement, donnent un élan aux projets et les font avancer. Ces «pionniers du changement» méritent bien sûr une reconnaissance, mais aussi des conditions optimales.
La Suisse a besoin de plus de moyens pour la conservation de sa biodiversité, mais aussi d’un soutien facilité et d’un accompagnement professionnel pour les personnes et organisations motivées, d’une liberté d’action appropriée, et de possibilités de mise en œuvre rapide. C’est le seul moyen de réussir cet indispensable changement qui nous verra passer d’une gestion réactive de crise à une conservation de la biodiversité proactive et orientée vers les solutions.